Heures supplémentaires non payées : comment savoir ce qui est dû ?
Par David Marienval, Fondateur de Mon Temps Mon Argent. Publié le 29 septembre 2026, mis à jour le 1 octobre 2026. Règles vérifiées le 1 octobre 2026 sur les textes officiels (comment nous vérifions).
8 min de lecture
L'essentiel sur le sujet
- Une heure supplémentaire est une heure travaillée au-delà de 35 heures par semaine, qui doit être payée avec une majoration.
- Elle se repère en comparant les heures réellement travaillées avec celles écrites sur le bulletin de paie.
- Un rappel comprend en principe les heures, leur majoration, 10 % de congés payés et, parfois, un repos obligatoire.
- La réclamation porte sur 3 ans au plus, y compris après avoir quitté l'entreprise.
- La preuve est partagée : le salarié présente des éléments précis, l'employeur doit y répondre.
Beaucoup de salariés ont le sentiment de travailler plus que ce qui leur est payé, sans savoir comment le vérifier. Des heures supplémentaires non payées se repèrent pourtant sur le bulletin de paie, se chiffrent avec quelques règles simples et se réclament dans un délai précis. Ce guide explique comment savoir ce qui est dû, ce qu'un rappel comprend et par où commencer.
Comment savoir si des heures supplémentaires ne sont pas payées ?
En comparant chaque semaine les heures réellement travaillées avec celles écrites sur le bulletin de paie. Pour un temps plein, toute heure au-delà de 35 heures dans la semaine est une heure supplémentaire. Elle doit apparaître sur le bulletin, avec sa majoration.
Autrement dit, un bulletin qui indique « 151,67 heures » chaque mois, alors que les semaines réelles font 40 ou 45 heures, laisse des heures non payées. Pour un contrat de 39 heures, le bulletin indique en principe 151,67 heures plus 17,33 heures supplémentaires majorées.
| Ce que montre le bulletin | Ce que cela signifie en principe | À retenir |
|---|---|---|
| 151,67 heures, aucune heure supplémentaire | Seules 35 heures par semaine sont payées | Toute heure au-delà n'est pas payée |
| Heures supplémentaires payées « au taux normal » | La majoration manque | La majoration reste due |
| Heures « récupérées » heure pour heure | Le repos ne couvre pas la majoration | Sans accord, la majoration reste due |
| Prime forfaitaire « pour les heures » | Un montant sans lien avec les heures réelles | Elle ne remplace pas, en principe, le paiement des heures |
Texte de référence : l'article L3121-28 du Code du travail définit l'heure supplémentaire comme toute heure accomplie au-delà de la durée légale, qui ouvre droit à une majoration ou à un repos. L'article L3121-27 fixe cette durée à 35 heures par semaine.
Attention : le décompte se fait semaine par semaine, et non sur le mois. Une semaine de 42 heures suivie d'une semaine de 28 heures compte en principe 7 heures supplémentaires, sauf accord collectif d'aménagement du temps de travail.
Des heures non demandées par écrit sont-elles dues ?
Le plus souvent, oui. Selon la jurisprudence, les heures supplémentaires sont dues lorsqu'elles ont été accomplies avec l'accord au moins implicite de l'employeur, ou lorsqu'elles ont été rendues nécessaires par les tâches confiées.
Autrement dit, un employeur qui sait que le salarié reste chaque soir une heure de plus, et ne s'y oppose pas, est en principe considéré comme ayant accepté ces heures. Une charge de travail impossible à tenir en 35 heures conduit au même résultat.
Exemple : situation fictive. Karim est employé de maintenance, payé 2 100 euros brut pour 35 heures. Son responsable lui confie chaque jour des interventions qui l'obligent à rester jusqu'à 18 heures au lieu de 17 heures, soit 5 heures de plus par semaine. Personne ne lui a demandé ces heures par écrit, mais elles sont rendues nécessaires par les tâches confiées. Elles relèvent en principe des heures supplémentaires.
Bon à savoir : l'article L3243-3 prévoit qu'accepter ses bulletins sans protester ne vaut pas renonciation. Autrement dit, ne rien avoir dit pendant des mois n'empêche pas de réclamer.
L'employeur est-il obligé de payer les heures supplémentaires ?
Oui. Chaque heure supplémentaire accomplie ouvre droit à une majoration de salaire. Un accord collectif peut remplacer tout ou partie de ce paiement par un repos équivalent, appelé repos compensateur de remplacement. En dehors de ce cas, l'heure doit être payée.
Autrement dit, une heure supplémentaire non payée ne disparaît pas : elle reste due. Le salarié peut en demander le paiement, sous forme de rappel de salaire, dans le délai de 3 ans. La fiche officielle F2391 précise aussi que les heures supplémentaires doivent figurer sur le bulletin de paie et être payées à la même date que le salaire habituel.
Attention : l'article L8221-5 qualifie de travail dissimulé le fait, pour un employeur, de mentionner intentionnellement sur le bulletin un nombre d'heures inférieur à celui réellement accompli. L'intention doit être établie, ce qui n'est pas automatique. Voir le guide sur le travail dissimulé.
Que comprend un rappel d'heures supplémentaires ?
Les heures, leur majoration, les congés payés et, parfois, un repos ou une indemnité. Chaque élément suit sa propre règle. Les additionner donne le montant réellement en jeu.
| Élément | Règle en principe | Guide détaillé |
|---|---|---|
| Heures supplémentaires | Taux horaire majoré de 25 % puis 50 %, sauf accord | Majoration |
| Congés payés | 10 % du rappel | Calcul |
| Repos obligatoire | Au-delà du contingent, 220 heures par an sans accord | Contingent |
| Travail dissimulé | Indemnité de 6 mois de salaire, en cas de rupture et d'intention prouvée | Travail dissimulé |
Exemple : situation fictive. Pour Karim, le taux horaire est d'environ 13,85 euros brut, soit 17,31 euros avec la majoration de 25 %. Ses 5 heures hebdomadaires représentent environ 375 euros brut par mois. Sur 3 ans, le rappel atteint environ 13 500 euros brut, soit environ 14 850 euros brut avec les congés payés. Ces montants sont indicatifs.
Bon à savoir : certains régimes changent ces règles : temps partiel, forfait jours, cadre dirigeant, annualisation. Voir le guide Heures non payées : dans quels cas les règles changent-elles ?
Sur quelle période peut-on réclamer ?
Sur 3 ans au plus. Pendant le contrat, la période recule mois par mois : chaque mois d'attente en fait sortir un. Après un départ, elle porte sur les 3 années précédant la rupture, quelle que soit la date de saisine du juge.
Autrement dit, un salarié toujours en poste perd en principe un mois de rappel par mois d'attente ; un salarié parti il y a 5 mois ne perd pas ces 5 mois. Le détail figure dans le guide sur la prescription des heures supplémentaires.
Texte de référence : l'article L3245-1 prévoit que l'action en paiement du salaire se prescrit par 3 ans, et qu'après la rupture, la demande peut porter sur les 3 années précédant la rupture.
Qu'est-ce qui change en 2026 pour les heures supplémentaires ?
Pour le salarié, les règles de fond n'ont pas changé. Le seuil de 35 heures, les majorations de 25 % et 50 % et le délai de 3 ans restent les mêmes. Deux évolutions de 2026 méritent toutefois d'être connues, et une seule concerne directement le salarié.
| Ce qui a changé | Pour qui | À retenir |
|---|---|---|
| Arrêt de la Cour de cassation du 11 mars 2026 | Le salarié qui a quitté l'entreprise | La demande porte sur les 3 années avant le départ, même si le juge est saisi plus tard |
| Déduction de cotisations patronales ouverte à toutes les entreprises au 1er janvier 2026 | L'employeur | Rien ne change dans ce qui est dû au salarié |
| Majorations, seuil de 35 heures, délai de 3 ans | Tout salarié | Aucun changement |
Autrement dit, un salarié parti le 20 août 2020 et qui a saisi le juge le 11 janvier 2021 pouvait réclamer ses heures depuis août 2017. C'est la situation jugée le 11 mars 2026. L'action doit cependant être engagée dans le délai de 3 ans : le guide sur la prescription des heures supplémentaires détaille les deux cas.
Bon à savoir : depuis le 1er janvier 2026, selon l'Urssaf, le seuil de 250 salariés est supprimé pour la déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires. Elle est de 1,50 euro par heure sous 20 salariés et de 0,50 euro à partir de 20 salariés. Une heure qui coûte moins cher à l'employeur reste due au salarié au même taux.
Par où commencer ?
Par les preuves et le chiffrage, avant toute démarche. La preuve des heures est partagée : le salarié présente des éléments suffisamment précis, et l'employeur doit y répondre avec ses propres relevés. Un dossier solide repose donc sur des éléments datés.
Liste de contrôle :
- Rassembler les bulletins de paie des 3 dernières années.
- Relever la durée prévue au contrat et la convention collective.
- Reconstituer les heures réellement effectuées, semaine par semaine.
- Réunir les éléments datés : plannings, e-mails, messages, relevés de badgeuse.
- Chiffrer les heures, leur majoration et les congés payés.
- Noter les dates clés : entrée, éventuel départ, réclamations déjà faites.
Pour aller plus loin, voir les guides Comment prouver des heures supplémentaires non payées ?, Qui doit prouver les heures supplémentaires ? et Comment rédiger une lettre de réclamation ?.
Le diagnostic gratuit de ce site estime en quelques minutes les heures, leurs majorations et les congés payés sur 3 ans. L'estimation reste indicative et ne constitue pas un conseil individualisé.
Conclusion
Des heures supplémentaires non payées se repèrent en comparant les heures réelles avec celles du bulletin, semaine par semaine. Elles sont dues le plus souvent, même sans ordre écrit, dès lors que l'employeur les a acceptées ou rendues nécessaires. Un rappel comprend les heures, leur majoration, les congés payés et parfois un repos obligatoire, sur 3 ans au plus. Le point de départ reste le même : des éléments précis et datés.
Quel accompagnement pour faire le point ?
Chaque situation dépend du contrat, de la convention collective et des éléments disponibles, qui changent le calcul d'un salarié à l'autre. Un diagnostic gratuit fondé sur le Code du travail permet d'obtenir une première estimation indicative. Un avocat partenaire pourra ensuite vous expliquer le cadre applicable à votre situation.
Questions fréquentes
- L'employeur est-il obligé de payer les heures supplémentaires ?
- Oui. Chaque heure supplémentaire ouvre droit à une majoration de salaire ou, si un accord le prévoit, à un repos équivalent. Une heure non payée reste due et peut être réclamée dans le délai de 3 ans.
- Que faire si l'employeur ne paie pas les heures supplémentaires ?
- Une des démarches possibles consiste à les chiffrer, à les réclamer par écrit, puis à saisir le conseil de prud'hommes si nécessaire. Seule la saisine du juge arrête en principe le délai de prescription.
- Sur combien d'années peut-on réclamer des heures supplémentaires ?
- Sur 3 ans au plus. Pendant le contrat, la période recule mois par mois. Après un départ, elle porte sur les 3 années précédant la rupture, quelle que soit la date de saisine.
- Des heures non demandées par écrit sont-elles dues ?
- Le plus souvent, oui, si elles ont été accomplies avec l'accord au moins implicite de l'employeur ou rendues nécessaires par les tâches confiées. L'absence d'ordre écrit ne suffit pas à les exclure.
- Qu'est-ce qui change en 2026 pour les heures supplémentaires ?
- Pour le salarié, les règles de fond restent les mêmes : 35 heures, majorations de 25 % et 50 %, délai de 3 ans. La Cour de cassation a précisé le 11 mars 2026 le calcul du délai après un départ. Et depuis le 1er janvier 2026, tous les employeurs peuvent bénéficier d'une déduction de cotisations patronales sur ces heures, sans changement pour le salarié.
- Combien peut représenter un rappel d'heures supplémentaires ?
- Cela dépend du salaire, du nombre d'heures et de la durée. Par exemple, 5 heures par semaine non payées pour un salaire de 2 100 euros brut représentent environ 14 850 euros brut sur 3 ans, congés payés compris. Ces montants sont indicatifs.
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Sources
- Article L3121-27, Code du travail : durée légale de 35 heures
- Article L3121-28, Code du travail : définition de l'heure supplémentaire
- Article L3121-36, Code du travail : majorations de 25 % et 50 %
- Article L3171-4, Code du travail : preuve des heures de travail
- Article L3245-1, Code du travail : prescription des salaires
- Article L3243-3, Code du travail : acceptation du bulletin de paie sans renonciation
- Fiche F2391, Service-Public : heures supplémentaires d'un salarié du secteur privé
- Article L8221-5, Code du travail : dissimulation d'emploi salarié
- Cour de cassation, chambre sociale, 11 mars 2026, pourvoi n° 24-13.123
- Urssaf : ce qu'il faut savoir au 1er janvier 2026 (heures supplémentaires, suppression du seuil de 250 salariés)
Informations fondées sur le Code du travail : méthodologie et sources officielles.

